Histoire de l'or en bref

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iStock_000008506395XSmallL'ancienne Egypte, la Grèce et l'empire romain ont laissé de nombreux trésors prouvant leur attirance et l'exploitation de l'or jusqu'à la chute de l'empire Romain. Les premières mines d'or remontent aux Egyptiens autour de 2000 ans avant Jésus Christ dans une zone géographique allant de l'Egypte au Soudan en passant par l'Arabie Saoudite. La production ne devait pas alors dépasser 1 tonne par an.

Ayant une connotation religieuse, l'or était assimilé par les égyptiens à la représentation du dieux Amon. C'est pourquoi une grande partie de l'or était réservée aux objets funéraires des grands du Royaume. Valeur de transaction convoitée, l'or permettait aussi à l'Egypte de négocier avec les peuples frontaliers et de jouer un rôle primordial dans sa diplomatie. L'extraction de l'or était ainsi rigoureusement organisée. L'empire Romain a du produire entre 5 et 10 tonnes notamment dans des régions de l'Espagne, le Portugal et l'Afrique. L'Or y était particulièrement prisé pour ces qualités esthétiques et donc à la fabrication de parures, bijoux, sculptures....

L'importance de l'or dans la civilisation sud américaine

Bien avant les explorations espagnoles, la civilisation péruvienne avait développé une haute technicité de l'or, récupéré dans le lit de rivières à partir de 1200 av. JC. L'or obtenu, d'une pureté parfaite, fut très vite travaillé. Découpé en fines tranches, il servait déjà à dorer et à décorer. Entre 500 av. JC pendant près d'un siècle, les peuples du sud du Pérou affinèrent leur technique en obtenant une poudre d'or qui, mélangée notamment avec de la céramique, permettait d'obtenir des objets de haute qualité.

L'Empire Chimu de 150 à 1450 ap JC située au nord du Pérou subit les influences du Mexique, travailla l'or à hautes températures permettant ainsi de créer des objets complexes aux composants variés, comme par exemple le platine, affinés ensuite avec des acides végétaux.

Avec l'invasion Inca, l'or pris un caractère majeur dans la civilisation devenant le symbole du dieux soleil. La capitale Inca du soleil était ainsi quasiment recouverte d'or jusqu'aux jardins où les représentations animales et végétales étaient faites d'or et d'argent. Pour satisfaire leurs besoins en or, les Incas développèrent avant l'heure des techniques complexes d'extraction.

LES EUROPEENS A LA CONQUETE DU NOUVEAU MONDE

La conquête de l'Amérique

L'épopée de la ruée de l'or a véritablement débuté avec les premières expéditions de Christophe Colomb. L'or est l'une des principales motivations de ses recherches vers de nouvelles terres. Toutefois, les trois expéditions ne donnent pas les résultats escomptés et il faudra attendre l'arrivée des conquistadors sur ces terres foulées par le célèbre Génois.

Le nouveau monde qui s'ouvre aux Européens se révèle vite le territoire de recherches effrénées pour ses trésors aux dépens de ses habitants. Les conquistadors ne se priveront pas de massacres et de vols pour dérober l'or le plus facilement accessible (parures, bijoux) et dont l'abondance dans le vestimentaire des américains fascine à la folie les européens. Cet or va en premier au Roi dont les notaires suivent chaque expédition pour comptabiliser le butin : sa part dépasse souvent le cinquième du trésor. Ensuite, les conquistadors en sont les second bénéficiaires. Puis, le solde est réparti aux membres de l'expédition en fonction de leur hiérarchie. L'or est ramené sur le continent européen et sera en grande majorité fondu pour, petit à petit, servir de matière première à la monnaie. Cet afflux d'or transformé en pièces aura alors pour effet de générer une inflation sans précédent.

L'exploitation des mines du nouveau monde

Sur ce nouveau continent, les colons vont affluer au travers des siècles. L'administration royale donnera alors comme priorité aux premiers colons de trouver les sources d'or sur le continent. Avec comme rêve ultime le fameux Eldorado, les espagnols se mettent en quête des mines d'or. Les rares mines exploitées ne produiront que 330 tonnes jusqu'au XVIème siècle. L'argent sera plus abondant.

La production évolue quand une méthode chimique est trouvée autour de 1550 et permet de séparer le métal de sa gangue et évitant ainsi tout un processus pénible de concassage et de raffinage. Cette nouvelle technique par ajout de mercure, de sel et de sulfate de cuivre stimule la production. L'argent en sera le principal bénéficiaire notamment sur la Bolivie, le Mexique et le Pérou. Le siècle qui suit la conquête du nouveau monde correspondra alors à l'explosion des métaux précieux.

Le rapatriement de l'Or en Europe

Une fois l'or récupéré des mines, un nouveau dilemme se pose aux explorateurs : le transport sur mer. Avec des navires peu maniables et mal adaptés aux agitations des océans, les risques de sombrer sont importants. De plus, s'ajoute le risque que représentent les pirates de tous genres corsaires officiels et brevetés des marines rivales et pirates en tout genre. Les transporteurs de métaux précieux s'organisent alors en convois que ce soit au départ de Vera Cruz pour le Mexique, de Panama pour le Pérou ou de Cuba. Ils sont ainsi plus de cent, chaque année à faire une traversée de huit mois jusqu'à Séville où le traitement, la comptabilité et la répartition est faite de manière très organisée par la Maison du Commerce, organisme d'état qui jouit du monopole du trafic avec le Nouveau Monde. L'or et l'argent parviennent alors aux coffres espagnols, et plus largement aux coffres européens, pour devenir monnaies.

L'IMPACT DE L'OR SUR L'ECONOMIE EUROPEENNE A PARTIR DU XVème SIECLE

Les expéditions et l'exploitation de l'or entraînent de grands bouleversements en Europe et le reste du monde. Il s'agit d'abord de disposer d'une main d'œuvre importante et résistante autour de laquelle s'organisera une migration forcée des peuples africains vers l'Amérique.

Si l'Espagne organise et exploite le commerce de l'or, il lui faut compenser ses frais d'exploitation, le coût du transport et les matières qu'elle n'est plus à même de produire dans ces frontières. L'or se répand sur l'ensemble de l'Occident.

Le train de vie des exportateurs et exploitants espagnols ainsi que la dépendance du pays vis-à-vis du reste de l'Occident accroît le déficit de la balance espagnole des paiements et l'or et l'argent s'évadent sur le reste du continent européen.

Les répercussions monétaires

Jamais encore le monde n'a disposé de tant de métaux précieux. Il en profite alors pour frapper ses monnaies et donner naissance à de nouveaux systèmes monétaires.

En Amérique, les maisons de Monnaie, créées par les Espagnols à Mexico en 1535 et à Lima en 1565, frappent des pièces d'argent, les piastres. En Espagne même, en 1497, un nouveau système monétaire est instauré autour du douro d'argent. En 1537, Charles Quint, maître commun de l'Empire et de l'Allemagne, aligne le douro espagnol sur le thaler impérial, pièce d'argent frappée pour des comtes allemands, dont la fusion des noms engendrera à son tour le mot dolera, d'où procédera le dollar.

Les piastres américaines s'inspireront de cette monnaie qui durant quatre siècles, se répandra dans tout le Nouveau Monde, franchira le Pacifique et régnera jusque sur les rives de l'océan Indien : elles seront la grande unité d'une moitié de la planète.

Cruzados au Portugal (et plus tard escudos), ducats aux Pays-Bas, ducats et florins dans l'Empire, ducats, scudi et sequins en Italie, ducats encore en Hongrie, en Pologne et en Scandinavie, roubles en Russie, souverains en Angleterre, les monnaies d'or ne manquent plus en Europe.

Cette expansion de l'or comme moyen de paiement dans les pays occidentaux provoque une inflation sans précédent surtout quand aux mines américaines viennent s'ajouter l'ouverture de mines européennes et africaines. Les prix augmentent alors de manière significative d'abord sur des produits à valeur ajoutée puis sur les produits de consommation courante, notamment le pain et la viande. Dans le courant du 16ème siècle, en à peine cent ans, les prix sont multipliés de 3 à 9 suivant les pays et les produits. Or, les salaires et les fermages ne suivent pas cette évolution : les conditions sociales sont tout d'abord bouleversées puis les religions. Les mécontents rallient le parti Huguenot et ceux à qui profite cette inflation derrière la papauté.

De même, cette inflation aura un impact significatif sur :

  • la vie quotidienne où les villes et le train de vie sont largement modifiées,
  • l'économique où les bourses prospèrent et les places commerciales d'antan perdent de leur renommée,
  • l'art et l'architecture où les métaux précieux sont largement utilisés et avec l'explosion de l'orfèvrerie


Cette époque pose les jalons de la Renaissance.

Seulement, au 16ème siècle, la production et l'exploitation d'or ne suffit plus à réguler les instruments financiers mis en place. Surgit alors un nouveau pays producteur : le Brésil grâce auquel les Portugais deviennent les premiers fournisseurs d'or de la planète. Comme le Portugal a développé des liens étroits avec l'Angleterre, Londres devient le centre du trafic de l'or. L'étalon or est en préparation.

Mais l'argent reste la monnaie de base et le régime est du bimétallisme s'impose. Or le rapport des valeurs or-argent se tend notamment avec l'importation inégale entre les 2 métaux. Les états cherchent alors à adapter les cours de leurs monnaies à cette évolution avec plus ou moins de succès.  

Les régulations nécessaires

Ayant de grands besoins, les gouvernements allègent la production de leurs monnaies, leurs frappes ou donne une valeur accrue aux pièces. Cette dévaluation accroît la hausse des prix.

Face au mécontentement général, les royaumes s'évertuent à établir une monnaie saine et stable. Mais les monnaies restent dépendantes d'une production minière qui échappe au contrôle et des alliages opérés par les gouvernements. Les politiques menées alors vont tout faire pour attirer et maintenir les métaux précieux sur leur territoire. L'utilisation de l'or est régulée et la possession est imposée.

L'apparition de l'inflation

En 1537 une nouvelle pièce d'or s'introduit en Espagne, l'escudo dont le double donne naissance au pistole qui s'exportera aux Pays-Bas, voire en France. En 1640, la France de Louis XIII s'en inspire pour frapper le louis remplaçant ainsi l'écu.

A LA RECHERCHE D'UN ETALON

Les deux métaux se sont toujours confrontés comme étalon monétaire. L'or est plus rare, plus cher, donc réservé aux gros paiements. L'argent reste la monnaie usuelle de base.
A partir du moment où le système de compte se confond le système de paiement, la question de l'étalon se pose à l'aube du 19ème siècle où les révolutions surgissent et où les pratiques monétaires sont profondément modifiées.
Moins inaccessible, plus bourgeois, plus populaire, plus dur que l'or, moins périssable et plus facilement divisible, l'argent est privilégié. Toutefois, les deux métaux sont conservés en tant que double étalon en France et aux Etats-Unis
L'Angleterre, elle, tranche pour 1'étalon-or après avoir supprimé la frappe libre de l'argent, puis le Portugal en 1854. Le prestige du Royaume-Uni par son charbon et ses machines, par son Empire et sa marine, par ses banques et sa monnaie jouera en la faveur de l'étalon or. La découverte de nouveaux gisements au 19ème siècle aidera à imposer l'étalon or comme référence au reste du monde.

La naissance de l'Union latine

Par chance, les cours respectifs de l'or et de l'argent restent presque stables durant les deux premiers tiers du xixe siècle permettant la conservation du bimétallisme.
L'Amérique conserve le bimétallisme à cause de la puissance des propriétaires de mines d'argent, les silvermen.

En Europe, le bimétallisme français fait des adeptes. Les nouvelles monnaies prennent pour prototype ce franc cartésien, divisé en centimes selon le système décimal.
La pièce française de 20 francs, dite louis de 1815 à 1848, dénommée napoléon même quand elle porte l'image du coq républicain, devient un modèle. En 1865, une convention de l'Union latine signée à Paris uniformise les frappes d'or et d'argent entre la France, la Belgique, l'Italie et la Suisse, avec plein pouvoir libératoire pour les monnaies d'or et la pièce d'argent de 5 francs. La Confédération helvétique suit le mouvement et frappe des pièces de 20 francs, marquées Helvetia. Les quatre pays emploient désormais les mêmes pièces, de 5 à 100 francs, toutes au titre 0,900.
La Grèce adhère au système, et elle fait frapper sur le modèle français des pièces de 5 à 100 drachmes. En Espagne, la peseta devient l'exacte réplique du franc, mais sans référence explicite à l'Union latine. Puis la Finlande se dote de pièces de 20 marks, analogues à celles de l'Union latine. En Autriche et en Hongrie, des pièces semblables, de 4 et 8 florins, correspondant exactement à 10 et 20 francs sont frappées. En Russie, un oukase ordonne la frappe de pièces de 10 roubles (l'impériale) correspondant au double napoléon (40 francs) et de 5 roubles (la demi-impériale) équivalent de la pièce de 20 francs. Quelle que soit son effigie, la même pièce d'or est acceptée dans l'ensemble de ces pays.
Le mouvement s'amplifie à la Roumanie, la Bulgarie et la Serbie ainsi qu'à la Colombie , Haïti, l'Argentine et le Venezuela.

L'or s'impose

Toutefois, le rapport des valeurs marchandes entre l'or et l'argent s'éloigne de leurs valeurs de cotation.
Les découvertes de mines d'or en Californie et d'Australie font baisser le cours de l'Or. Puis, l'argent, tend à disparaître de la circulation. Avec la guerre de Sécession, l'Europe s'approvisionne en coton auprès de l'Inde, qu'il faut payer en argent. Les pays de l'Union latine décident de réduire la frappe des pièces d'argent
La découverte des mines d'argent au Nevada fait quintupler la production. Les cours du métal blanc s'effondrent et avec la libre frappe de l'argent, les pièces d'argent se multiplient tandis que l'or disparaît.

L'Allemagne née de la guerre de 1870-1871 suspend la frappe de l'argent pour se constituer une réserve d'or, et fait du mark, défini en or, l'unité monétaire du jeune Empire. Les États scandinaves, puis les Pays-Bas, la Roumanie, la Finlande, et, au Nouveau Monde, le Brésil et l'Uruguay, l'Argentine et le Chili, le Pérou et le Mexique s'alignent sur l'étalon-or.

La confrontation entre l'étalon or et l'étalon argent

LA RUEE VERS L'OR

Le 19ème siècle est celui des ruées vers les gisements d'or. Pour les chercheurs d'or, les prospections lointaines sont signes d'Eldorado.

En Sibérie, un filon, au-delà du lac Balkal, procure des sables à paillettes dans un affluent de la Lena. Dans des conditions climatiques difficiles, des milliers d'ouvriers œuvrent à l'extraction de l'or. En 1847, la Russie d'Asie devient le premier producteur du monde.

Puis, en 1848, sur la rivière Sacramento, en Californie, le charpentier James Marshall, au service du capitaine Sutter qui a obtenu une concession agricole, découvre des traces d'or. La nouvelle de la trouvaille se répand dans tous les États-Unis, et presque aussitôt dans le monde entier. L'afflux de nouveaux explorateurs est sans précédents : américains, anglais, polonais, autrichiens, français, mexicains, chinois se précipitent vers la Californie. Doublant le cap Horn, traversant l'Oregon dans des voitures à bâches ou bien à dos d'âne à travers l'isthme de Panama, ils devront affronter fatigue, faim, montagne, indiens, moustiques, choléra et fièvre jaune. Mais le gisement est prospère : En neuf ans, la seule production locale déclarée représente 752 tonnes, soit presque autant que le Brésil durant tout le 17ème siècle. La Californie et ses villes naîtront de cette migration. Cette frénésie se propage à de nouveaux gisements au Nevada, au Colorado puis en Alaska.
L'or californien se retrouve bientôt dans les coffres des banques de New York puis en Europe.

En Australie, un certain Hargraves découvre dans le bassin de la rivière Macquarle des traces d'or A la tête d'une compagnie de mineurs, il se fait nommer commissaire des Domaines de l'État.

De nouvelles sources sont découvertes aussi en Nouvelle-Galles du Sud et dans l'État de Victoria. La maison Samuel Montagu ouvre ses portes sur le marché australien et deviendra la première banque de l'or. Grâce à l'or, l'Australie sort du sous-développement et devient une puissance économique produisant 500 tonnes d'or en six ans et en accueillant sur cette même période 1 250 000 immigrants.

L'or sud-africain

Au début du 19ème siècle, des traces d'or sont décelées dans la République du Transvaal. Toutefois, le gouvernement puritain freine les explorations. En 1985, les frères Struben présente aux différents Ministre les minerais trouvés dans les montagnes du Witwatersrand. Les indices se confirment : l'Afrique du Sud-est abonde d'or.

En 1886, sur l'emplacement du filon, la ville de Johannesburg voit le jour. Des émigrants anglais se précipitent vers ces nouvelles terres et les financiers achètent les terrains, investissent les capitaux, fournissent le matériel de forage. Cecil Rhodes, le fils d'un pasteur anglican, allié aux Rothschild de Londres, met sur pied la Goldfields, la Rand Mines, la Chartered, puissantes compagnies, prêtes à exploiter et à coloniser. L'or sud-africain devient un or anglais et la production de l'Or Sud Africain sera un record : 16 tonnes en 1890, mais près de 15 000 tonnes pour la première moitié du 20ème siècle, dix fois ce qu'a produit la Californie.

Avec la production de l'Afrique du Sud, du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Côte-de-l'Or et de l'Inde, l'or afflue vers Londres, principal centre de raffinage, capitale du négoce du métal précieux. Au cœur de la Cité, la Banque d'Angleterre surveille la cote du métal.