L'or et les monnaies

Imprimer
PDF

iStock_000009173157XSmall

D'abord stabilité, il fallut abandonner l'étalon or.

Une création difficile

Pour éviter des crises comparables à celles des années 30 qui comptaient, pour une large part, dans les causes du conflit, les futurs vainqueurs se préoccupent d'organiser des relations économiques stables. Deux conceptions s'affrontent alors entre donner la suprématie à l'économique et au financier par un retour à la stabilité entre les monnaies en utilisant une monnaie-étalon elle-même convertible en or, le dollar, proposition américaine qui l'emporte ou l'organisation et la régulation du commerce mondial en référence à une monnaie internationale, le Bancor, qu'aucun État ne peut gouverner (1), proposition de l'Anglais Keynes.

L'option retenue fait du dollar la monnaie de référence et donne vie à l'adage "le dollar, c'est aussi bon que de l'or". Mais sous l'effet de l'expansion du commerce mondial, le volume des monnaies en circulation, et notamment du dollar, s'accroît rapidement alors que les réserves américaines d'or, stockées à Fort Knox, stagnent. Le prix fixe de l'or à raison de 35 dollars pour une once limite en effet sa production.

La disparition du SMI

L'accroissement de l'écart entre quantité d'or disponible et volume des monnaies en circulation conduit inéluctablement à la dissociation de la valeur du dollar de sa parité or.  Richard Nixon entérine cette situation en démonétisant l'or.  Il met ainsi fin à une histoire millénaire et définitivement close de l'or comme garant de la valeur des monnaies. Celle-ci est désormais déterminée par la confiance portée à l'économie du pays qui l'émet, ce qui conduit à un flottement généralisé des monnaies auquel l'Europe va chercher à échapper par la création du "Serpent" puis du "Système Monétaire Européen", enfin avec la création en cours de la monnaie unique.

La décision américaine n'entame cependant pas la suprématie du dollar. Faute d'alternative, il continue de servir de monnaie de réserve.

Le dollar, une monnaie au privilège exorbitant.  L'histoire du SMI et la période qui s'est écoulée depuis son effondrement s'est ainsi construite sur un privilège exorbitant pour le dollar. D'abord monnaie de référence, il est la seule monnaie qui soit aujourd'hui à la fois d'usage national et international. Tous les pays ont besoin de détenir des "billets verts" pour financer tout ou partie de leurs échanges extérieurs. Pour cela ils doivent soit en acquérir par le commerce en vendant aux Etats-Unis plus qu'ils ne leur achètent, soit les emprunter auprès de ces derniers. Pour que des dollars circulent dans le monde en quantité suffisante, le pays le plus riche de la planète est ainsi le seul à ne pas devoir équilibrer ses échanges extérieurs, ce qu'impose le FMI à tous les autres pays, y compris aux plus pauvres. Mieux, ce sont ces autres pays qui doivent "défendre" le dollar pour ne pas voir diminuer la valeur de leur réserve.

Le FMI

A la différence de nombreuses institutions internationales qui ont adopté le principe "un pays, une voix", le FMI et la BIRD fonctionnent selon un système des quotas. Le poids de chaque pays correspond à sa part dans le capital du Fonds, lui-même réparti en fonction de sa puissance économique. Avantage est ainsi donné aux pays les plus développés qui disposent de la majorité absolue, les Etats-Unis avec 16,95 % des droits de vote, détenant à eux seuls la minorité de blocage pour réformer les statuts.

Le FMI compte 179 membres à la fin de 1995 dont les pays de la zone d'influence de l'ex-URSS. Trois axes guident la politique du FMI :

  1. La stabilité (au moins un système ordonné) des taux de changes entre les monnaies
  2. Le développement du commerce mondial en favorisant la libre circulation monétaire.
  3. Le maintien ou le retour à l'équilibre des balances des paiements (équilibre entre les flux monétaires qui entrent et sortent).

Ce dernier axe donne lieu aux politiques d'"ajustement structurel" pour les pays qui font appel aux prêts du FMI. Celles-ci ne sont pas fondées sur des projets mais sur le rétablissement des grands équilibres économiques :

  • Réduction du déficit de l'Etat par compression des dépenses : réduction de la masse salariale des fonctionnaires, des subventions, des déficits des entreprises publiques ... et accroissement de ses ressources : amélioration des rentrées fiscales, participation des usagers aux services qui leur sont offerts ...,
  • Equilibre de la balance des relations extérieures notamment par la dévaluation de la monnaie.

Les prêts ouverts par le FMI sont modestes. Mais son accord ou son refus déclenche une attitude similaire des autres prêteurs potentiels publics et surtout privés.

La Banque Mondiale

Elle fonctionne selon le même principe que le FMI et compte 178 membres à la fin de l'année 1995. A la différence du FMI, elle ouvre des crédits de long terme, jusqu'à 30 ans, avec possibilité de différer pour plusieurs années les premiers remboursements. Pour financer ses prêts, elle fait très largement appel au marché international des capitaux.

Ses prêts sont affectés à des projets directement ou indirectement productifs. Elle a ainsi financé la révolution verte, des programmes d'alphabétisation, des infrastructures...  L'étude préalable des dossiers qui lui sont soumis lui donne un poids déterminant quant à leur réalisation, donnant parfois (souvent) l'impression d'une ingérence.  Depuis la fin des années quatre-vingts, ses prêts d'ajustement structurel sont cependant en constante augmentation : environ 30% du total de ses prêts pour 1994.

Malgré leurs conditions avantageuses, les crédits ouverts par la Banque restent inaccessibles aux pays les plus pauvres. Spécifiquement pour eux a été créée en 1960 une filiale, l'"Association Internationale pour le Développement" (AID-BIRD), qui octroie des crédits sans intérêt pouvant aller jusqu'à une durée de 40 ans avec différé possible sur 10 ans. En raison de ces conditions, l'AID ne peut mobiliser que des fonds publics. Mais les restrictions budgétaires dans les pays riches limitent aujourd'hui leurs contributions volontaires.

Perspectives

Le FMI et la Banque mondiale étant des organisations interétatiques, ils ne prêtent qu'aux Etats ou, parfois pour la Banque, sur leur garantie. Pour maintenir leur crédibilité, notamment auprès des organismes financiers auprès desquels ils empruntent eux-mêmes, ils n'acceptent aucune annulation de dettes et bloquent tout nouveau concours à un pays qui n'honorent pas ses engagements. S'ils enregistrent parfois des retards de remboursement, ni l'un ni l'autre ne connaissent donc de défaillance définitive de remboursement.

L'absence de véritable système monétaire international est aujourd'hui un handicap au renforcement des économies les plus faibles qui voient le montant global de leur dette fluctuer en fonction de la valeur des monnaies dans lesquelles ils empruntent. Faute de son existence, le FMI a pris un poids considérable. Faut-il alors le considérer comme le gouvernement fantôme de l'économie mondiale ou comme le gardien d'un temple vide?  De même, la Banque Mondiale est souvent dénoncée comme imposant sa loi, mais les crédits qu'elle accorde bénéficient de conditions sans équivalent, a fortiori pour l'AID-BIRD. L'adhésion de la quasi-totalité des pays du monde à ces institutions montre que l'existence d'un organisme monétaire et d'un organisme financier à l'échelle de la planète sont indispensables. Plus que de condamner a priori ces organismes, n'est-ce pas leur mode de fonctionnement qui est à renégocier ?